Lundi 16 mars 2009
1
16
/03
/2009
17:27
Hej !
Ma Claire,
Si je peux dire "ma", toi qui n'as jamais appartenu à personne, ni même peut-être à toi...Pardon.
Il y a longtemps que je ne t'ai pas écrit.
Pourtant j'avais envie.
Mais Julie est là, ta Julie, si belle et si attachante...
Tellement toi.
C'est un si grand plaisir de l'avoir ici, avec moi, dans cette maison vide.
Je n'ai jamais su la remplir vraiment...
Pourquoi s'attache-t-on toujours aux êtres qui nous fuient ? Ou s'ils ne nous fuient pas, à ceux que l'on ne peut retenir ?
Tu es de celles que j'aurais tant voulu garder...
Voir Julie si près chaque jour me rapproche de toi comme jamais.Il ne m'en faudrait pas beaucoup pour succomber encore...Mais c'est insensé !
Tant de souvenirs, de bonheur et de doute, tant de douleur aussi, même si, nous sommes restés amis...
J'ai embrassé cette amitié comme la seule possibilité de ne pas te perdre tout à fait.
J'ai fait semblant pendant toutes ses années, de vivre bien cette chose inconcevable pour moi.
Aujourd'hui quand je suis son profil et son joli nez fin, ses joues hautes, son sourire, c'est toi que je vois, seul son regard turquoise a raison de mes souvenirs.
Elle n'a pas tes yeux et pas les miens non plus.
Tu ne m'as jamais dit.
J'aurais aimé ...
Mais si je t'écris c'est qu'elle se pose beaucoup de questions, qu'elle m'a petit à petit extorqué quelques réponses...
Claire, ce n'est pas à moi de lui donner les clés de son passé.
J'ai le sentiment d'être pris en tenaille, et je souffre terriblement.
Elle voudrait que je sois son père, peut-être l'a-t-elle souvent imaginé...
Quant à moi, j'y ai lontemps pensé sans oser y croire et tu sais pourquoi.
Ton silence est trop lourd pour nous trois.
Tu ne peux pas la laisser dans le doute ou l'ignorance.
C'est ton boulot, bon sang, d'aider les âmes en déroute...! Cette âme là est la plus précieuse, non ? Il faut l'aider à se construire. Elle porte tant de lumière en elle, son histoire ne peut pas
être quelque chose de laid, ou d'incible... il y a tant d'amour dans ses yeux.
J'ai toujours respecté tes envies d'indépendance, ta force...ton courage. Parce que je t'aime... telle que tu es, loin, solitaire, fière et malgré tout ce temps...
Chacune de tes visites, de vos visites, ont été mes rayons de soleil, très vite éteints à chaque départ...
Julie dans quelques temps va partir aussi, et c'est toi qui va me quitter encore...
Je t'écris depuis la cabane dans le jardin, nous l'avions peinte ensemble il y a tant d'années du bleu typique des cabanes suédoises, ma petite "stuga", mon refuge...bruissant encore de nos
conversations des soirs d'été...Te souviens-tu ?
Reviendras-tu ?
Me diras-tu ?
Tu es, tu restes ma plus belle histoire...
Jag saknar dig...*
Sven
Ps: j'ai trouvé dans la cabane au bord de la mer, un carnet que tu avais laissé, il y a longtemps sans doute, je ne sais quand exactement, caché derrière les livres d'Anaïs Nin que tu lisais
alors...
Je te l'envoie demain.
(Note de l'auteur* "Tu me manques...")
Par Frédérique L.R
-
Publié dans : écriture et poésie
1
-
Recommander
Vendredi 13 mars 2009
5
13
/03
/2009
17:33
.......J'écris encore. Je peux encore. J'écris encore, pour vous dire mes ailes, et mes envies d'envol. J'écris
encore, et mes mots restent là.
Cachés dans ce cahier, à l'abri des regards. Je relis de mes doigts, yeux fermés à tâtons tous ces mois écoulés, ces moments hors du temps, posés là, par le bleu et le gris, au gré de mes envies.
Je vous parle en silence, les mots sont dans mon coeur, et je ne sais pourquoi, le sentiment étrange qu'ils savent le chemin, me semble une évidence.
Même si, pourtant, rien, vraiment, n'était écrit, ou alors peut-être dans la marge, à côté, sur un cahier volé. Ces mots de vous dans les gouttes de pluie, les rayons du soleil, les flocons de
janvier, très sagement posés au creux de mon oreille, coquillage bruissant de vagues douces et lentes, ont conquis un espace ...invisible cocon qui m'entoure. Je suis un papillon.
Votre épaule, vos mains, cette distance infime, raccourcie au fil des mots que l'on s'est dits, des voix entre les lignes, des pas près du musée, dessinés en cadence, après...
Impressionnée, conquise, par votre moue exquise. Et le bleu de vos yeux qui écrit mes matins, même quand rien ne vit, quand le gris donne au temps cette triste patine, et ces humeurs chagrines.
Quelques lignes encore, pour ne rien oublier.
Quelques lignes encore en attendant demain.
Les jonquilles ont fleuri çà et là, ponctuant le jardin de tâches de soleil. Le poids des contingences, des lourdes convenances m'interdisent ensemble de dire mes pensées, timides et tremblantes,
et l'improbable accord de deux vies différentes, de deux corps étrangers, de deux mains qui se tendent, de deux coeurs qui s'attendent. Les folles circonstances, qui me disent au fond que dans ce
lien profond, s'habiller de prudence, serait le meilleur choix. Mais rêver...
Mais rêver, déjà est un danger. Y penser, une torture lente. Espèrer qu'à travers le silence, mes mots se poseront sur vos ailes amies, sur votre épaule blanche aussi légers, qu'un papillon la
nuit.
Et Paris, comme un aimant m'attire. La ville des Lumières a éclairé mes nuits.
Paris tout doucement est entré dans ma vie, par la porte du coeur.
"Ma Sophie je t'envie et j'ai le coeur qui flanche."
Qu'il est déraisonnable de souffrir en silence, notre impuissance est là, parfois...
Pauvre Sven...
Par Frédérique L.R
-
Publié dans : écriture et poésie
0
-
Recommander
Mercredi 11 mars 2009
3
11
/03
/2009
10:13
.......Percer le ciel, crever les nuages. Un nouveau son vole dans un air différent et, contre toute attente, au
creux d'un ciel gris perle, un rayon taquin et timide vient peindre sur le mur de la chambre alanguie des ombres aux teintes pâles.
La campagne transie voudrait se réveiller mais tarde à relever le défi des lumières. Enveloppée encore des rêves de la nuit... je remonte le drap, fermer les yeux encore. Me souvenir toujours, des
pistes savoureuses d'un amour incroyable, de l'éphémère image de la blancheur câline de ce corps inconnu, goûter tant de délices dans la magie sauvage des apparences crues, dans le vague
cruel de l'absence éternelle, dans le voile éthéré des fantasmes... inattendus. Violence de l'image, si vite disparue.
Je n'ai rien oublié de ce moment de grâce, impudique et menteur.
Je n'ai rien oublié de ma lente escalade vers les bruits de mon coeur...
Je me souviens...
Paris, mois de mai, milieu d'après-midi.
Monter.
Ne pas reculer.
Monter, avaler le silence jusqu'au coeur.
Baisser le son, apprivoiser le rythme.
Piano...
Monter encore, troisième étage.
Dépasser la zone rouge, poudrer la peau de rose, reprendre le dessus des sens, dessus dessous.
Trop de bruit sous le voile.
Et puis respirer, chercher dans ces minutes moites l'eau fraîche.
Oublier pour quelques marches encore, creuser le vide, puis le remplir.
Les dés en sont jetés.
Paris émois de mai, milieu d'après-midi, troisième étage.
Porte droite.
Silence.
Allô, Sophie ?
Bonjour, c'est toi ma Claire ! Tu es rentrée ?
Oui et toi aussi on dirait...
Rentrée oui, mais pas encore revenue...totalement...c'est compliqué je sais...
Ivresse de l'altitude !!!
Toi tu as lu des pages blanches !!!
On peut dire ça comme çà, blanches mais tellement colorées, en demi-teinte aussi...non ?
Tu sais, il y a des couleurs difficiles à restituer, des angles pas faciles à peindre...
Je ne savais pas pour cet enfant...
Je n'en parle jamais, mais là il le fallait, dire mes attentes et mes rêves, mes peurs et mes douleurs, c'était aussi dire çà. Enfin, avec mes mots à moi. Maintenant tu sais.
Si tu as envie d'en dire plus...
Je ne sais pas, peut-être, plus tard. Ou jamais. Tu en es où ?
Paris émois de mai...lentement, j'ai à la fois envie de boire cet alcool d'un trait et de le savourer... Savourer, c'est mieux je crois, ça me force à lire entre les lignes...
Je reconnais, je t'ai fait un cadeau étrange...
Bon, tu viens quand ? Que je fasse le plein de thé ?
La semaine prochaine, ça te va ?
Parfait, apporte ton nuancier et fais le plein d'idées, j'en ai marre du bleu pâle !
Exit Gustav ?
Non Sven...
Sven ?
Je te te raconterai...si j'y arrive, tu me connais.
Oui, spécialiste en mystère, en silences, et en regard perdu...dans les ombres...je sais !
Tu n'es pas obligée...
Jeudi ça te va ? Je n'ai pas d'enregistrement, on bloque tout sur la matinée.
Parfait, j'en profiterai pour voir des clients à qui Pierre a installé une cheminée le mois dernier...ils veulent des idées de couleurs.Du mauve tendance... Des meubles aussi je crois.
Quel genre?
Les tiens !!! Exit Gustav !
Très bon ! Arrête de te moquer ! On verra...Julie y est très attachée...
Un peu trop vieux pour elle, non ?
Rien à voir...................
J'ai dit une bêtise ?
......
A jeudi Sophie, d'accord ?
A jeudi, pour le mélange des couleurs ! Mais pas ton "thé des impressionistes"...!
Par Frédérique L.R
-
Publié dans : écriture et poésie
1
-
Recommander
Lundi 9 mars 2009
1
09
/03
/2009
17:20
" I love Paris..."
La musique joue dans mes oreilles sourdes. Je roule vers Paris et l'asphalte gris déroule son tapis, hier, demain, un regard en arrière, la
grille s'est fermée sur mes douces pensées et le vide des nuits sans lune. Douces amères. Pensées de mère. Et je voudrais renaître, survivre à tant d'oubli, oubli de moi, oubli de lui...mais qui a
oublié qui ?
Tous ces mots de Sophie, cette vie, nouent le cordon qui me relie à mes non-dits.
Tous ses vertiges me poussent au bord du puits.
"Voilà que tu te penches, le vide est là, profond, abyssal, voilà que tu t'épanches...Claire, c'est toi là? réveille-toi !"
Il y a un moment où nos yeux croisent notre regard, où le
miroir nous renvoie une image de nous qui n'est pas celle que nous attendons. Regarder ailleurs... Non, regarder plus loin et tacher de comprendre. Regarder au-delà du miroir, et voir dans cette
image, fixe, les images de nous, superposées au fil du temps qui passe.
Le livre. Lire le livre, et faire les comptes.
" I love paris in the spring time ...I love Paris every moment,... Why oh why do I...because my love is near", mais je n'ai pas d'amour...
J'ai oublié la vie, l'amour m'a oubliée.
"Bon, allez roule, tu fais des progrès mais c'est pas gagné!"
Cette Sophie m'épate, je croyais voir clair en elle et ce cahier bleu l'enveloppe d'un mystère brumeux, comme cette chose
étrange qui emballe Venise parfois. Tellement beau.
Tellement fort.
Quai aux fleurs dans la brume. Comme un rêve voilé la Seine coule et avec elle mes envies de parler. Comme un rêve volé, mes mots sont étranglés. De l'air, il me faudrait de l'air, un souffle, une
brise, de la hauteur, du vide, du bruit, des gens.
"Tu n'es pas prête...mais pas la peine de t'en faire tout un monde !"
Pousser la porte grise. Claire V. 3ème étage gauche.
Dans la boîte aux lettres, le quotidien fade, le journal des débits, la chronique de l'avoir, le relevé des platitudes incontournables et une lettre bleue, ornée d'un joli timbre : un "D", une
magnifique enluminure aux tons sombres, Olof von Dalin 1708-1763, Sverige, 11KR.
L'écriture de Sven. Je ne l'ai jamais oubliée.
Par Frédérique L.R
-
Publié dans : écriture et poésie
1
-
Recommander
Vendredi 6 mars 2009
5
06
/03
/2009
11:16
Une naissance, le printemps qui s'annonce, et cherche son chemin dans le ventre de la terre. Sophie ne m'avait pas
dit, pour cet enfant. Je connais les douleurs indicibles.
Et le silence de la perte, le ventre vide, le coeur déchiré. Le souffle coupé. Les mains égarées. Le cordon coupé, à jamais.
Allô Julie, ...
Oui, Mam, c'est moi, ça va ?
Ca va, l'hiver joue avec le temps et je suis parfois ...perdue, mais bon...
et toi ?
Que dire, je me sens bien ici, malgré le froid, la nuit, la neige, tu sais le moindre rayon de soleil est une bénédiction et on en profite au maximum...La lumière est tellement belle dans
l'archipel. Moi je craque pour toute cette magie... mais tout le monde voudrait voir la neige fondre et rêve de la couleur des fleurs ! Je ne suis que de passage...C'est sans doute différent.
Sven a planté des centaines tulipes et de narcisses dans son mouchoir de poche, et du coup j'attends l'explosion avec impatience.
Il va bien ?
Oui oui, toujours aussi adorable, si jeune...Plein d'attentions, il t'aime beaucoup, je crois qu'il t'a toujours aimée, c'est bizarre de côtoyer cet homme de si près et sans toi...
Pourquoi ? Tu le connais depuis longtemps...
Oui, bien sûr, mais là on parle différemment, de nous, de toi, d'avant...
Ca m'ennuie de te dire çà comme çà, mais un père comme lui...
... Adorable, c'est le mot...
Il m'a dit beaucoup de choses tu sais...
Je ne crois pas que ce soit facile pour une mère de raconter sa vie de femme à ses enfants, ni même souhaitable sur certains points...ou de justifier ses choix...
Je comprends Maman, mais ma situation n'est pas des plus faciles à vivre !
Ecoute Julie, on ne peut pas se fâcher au téléphone, je pense qu'il faudra que je me force à cesser de taire certaines choses... J'y réfléchis beaucoup en ce moment, mon émission me laisse un peu
de temps. Et puis, j'ai de drôles de conversations avec Sophie...
Ah bon ! Vos papotages de vieilles anglaises...!
Vieilles, je t'en prie ! Les femmes ont l'âge de leurs envies ! Seule la théière l'est... vieille et anglaise ! Chipie !
Et puis, on s'est dit à bientôt, sa voix s'est tue, dans un "clic", me laissant tanguer, au bord d'un vide si lourd. Une claque ...
Ma seule envie alors, m'asseoir avec elle sur le bord de son lit, dans cette chambre où elle ne dort plus guère, ici, à la campagne, notre refuge préféré, habité par tant de souvenirs complices et
de douleurs aussi.
Partir. A la minute, laisser filer, glisser... Remonter la pente. Rejaillir.
J'ai envie de Paris et du bruit. D'une autre solitude.
Tellement de vide, tellement d'années, perdues... Le temps qui passe...
"... le temps perdu, ne se rattrappe plus, oui je sais, et c'est bien fait ! Allez prends ton sac, ouvre le cadenas de ta solitude, et rentre..."
"...I love Paris in the spring time ..."
Ouvrir la boîte aux lettres, rien, la grille et filer vite..." because my love is near...Flûte j'ai perdu le disque ! "
Par Frédérique L.R
-
Publié dans : écriture et poésie
2
-
Recommander