Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 09:48
"Ne m'attends pas..."
Et voilà que j'attends, le soleil est parti, a léché un moment les eaux grises du fleuve, et les pétales des fleurs penchées vers le miroir, dans le demi-sourire, chargé d'espoir de leurs corolles entr'ouvertes.
J'ai les jambes coupées et le souffle trop court. Mes excès de la nuit, trop de mots...trop de bruits, de murmures oubliés. La bouteille vidée, enfin presque, et d'ailleurs où est-elle ?
Et voilà que j'attends, en boucle, je tourne en rond dans le bocal bleu de ma chambre. Il faudrait que je range, le cahier bleu, et mon vieux carnet. Mettre au placard pour une nuit les anges et les démons, réunis.
Si j'étais arrivée plus tôt, Sophie serait là, peut-être encore. Mais le thé... Oublié le thé ! Alors j'ai fait un crochet, j'ai flâné, me suis un peu perdue dans les rues droites offertes un instant, pas lontemps, aux rayons obliques,  saison oblige...
J'ai hésité, Pont d'Arcole ou Pont Marie, mais que la Seine était jolie... J'ai rêvé, perdue dans l'onde, revu sa nuque, ses mèches blondes, et cette absence. Mes absences, mon insouciance.
Il me faudrait relire ces vieilles phrases. Faire revivre mes souvenirs sépia, et retrouver au fond de moi, les yeux de ma Julie, sur un autre visage.
L'ai-je oublié ? Un peu. Il faut que je me force à retrouver ses courbes, la blancheur du sourire, et ce bleu, comme la mer au sud.
Ce regard qui m'a prise, par surprise, après les silences et cette feinte indifférence. Alors me perdre dans le Marais, trouver le thé et l'emporter. Quai aux fleurs, troisième étage, porte gauche. Et là, personne ne m'attendait. Personne ne m'attend plus. Depuis longtemps. Le temps s'est arrêté un jour, et la vie m'a quittée.
"Sophie, que fais-tu ?"
J'ai envie de baisers. Pas de baise. Pas de ces éphémères étreintes, rapides, et sans âme, qui ont assouvi, parfois, souvent, je ne sais pas compter, sans vraiment le combler, le manque d'une peau, trop vite abandonnée. Cet amour suicidé. Trop jeune et tellement fort... Mais la raison, plus forte que l'amour, quand tout était perdu, fichu... "foutu!".
Et puis j'ai voulu ne plus rien attendre de cette vie cruelle, ni de moi, infidèle.
Mais ne plus rien attendre, est-ce attendre encore, ou attendre quand même ? Espérer autrement, ou vouloir autre chose ?
"Ne m'attends pas... je rentrerai très tard." M'avait-il attendu ? Avait-il deviné ? Je ne sais pas. Peut-être ai-je oublié.
-"Allo ! Claire...?
- Sophie ? Mais quelle heure il est ?
- Trop tard pour le thé, je suis désolée, mon rendez-vous s'est prolongé...
- Je vois çà... Minuit passé... Et moi, j'avais oublié le thé !
- Tu as trouvé les fleurs ?
- Oui, merci, mille fois, elle sont splendides, un peu toi...
- Arrête, je te lâche et tu me flattes... T'es bizarre ... Ca ne va pas ?
- Ton cahier, plus mes lignes repêchées en Suède, j'ai frisé l'overdose !
- Pardon, si ça te gêne de lire tout ça, arrête...
- Non, plus maintenant, c'est trop tard, le mal est fait, ou le bien, on verra, la drogue a creusé son chemin dans mes veines, et au fond, je crois que c'est bien.
- Bon, il va falloir que tu m'éclaires ! On se voit demain ?
- Bonne idée, demain je n'ai rien, un article à fignoler et je suis libre comme l'air...hélas !!!
- Des pâtes, Place du Marché St Honoré, ça te dit ???
- Ah oui !
- Midi et demi ?
- Vendu ! Je t'embrasse, mais au fait tu dors où ?
- Au septième, dans le Xème...
- Tu te fous de moi ?
- J'ai bien peur que non ... à demain, on m'attend. Bonne nuit."

Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /Avr /2009 17:56
.............. Jeudi............
J'écris....
Je lui parle... Je dis mes hauts, très hauts, mes bas, tout bas, mes cols roulés, mes talons plats.
M'entend-il ?
C'est étrange, mais il me semble parfois, qu'il est là, les ailes repliées, qu'il écoute, un peu fasciné, un peu agacé.
Papier glacé. Et c'est moi qui ai froid.
Les tulipes ont pointé leur nez. Les feuilles d'abord droites, ont amorcé leur courbe, adoptant l'élégance nature d'une femme, longue et fine, la tête un peu penchée et les bras, comme ceux d'une danseuse joliment arrondis. Tout simplement jolie. Belle c'est autre chose.
Mon ange de papier.
J'attendrai les tulipes...
"Elusive you... I'm holding on..." *, ce fil qui me retient, ce cordon qui m'attache.
Ce vous insaisissable, intangible, flottant, fuyant peut-être.
De quoi avez-vous peur ?
Du lien, qui se fait...se défera, sans doute, rien ne dure.
Et surtout pas les fleurs. Attendre les tulipes. J'ai attendu. Elles sont là.
Trouver les mots. Les trouverai-je ?
Une déclaration, sincère, avec des mots choisis, et rien de littéraire. Des mots de la nature, nus et simples, des mots de tous les jours.
Les dire avec des fleurs.
Entendre les trois coups, et les tempes qui battent, la veine dans mon cou,  le rideau qui se lève.
Entrer dans la lumière, et oublier les ombres, comme sort de la terre, le bulbe de patience, poser la plume sous les feux de la rampe, poser les yeux au loin et chercher dans le ventre les tripes et le courage....
" Sophie, ma Sophie...comment vas-tu ?"
Il y a tant de grâce et tant de profondeur dans les mots qui te portent, dans les mots que tu portes.
J'aurais voulu lui dire moi aussi... mais je n'ai jamais su. Jamais pu.
Jamais voulu ?
Il me manque, et ce manque me tue.
Je devrais dire, ils me manquent...tant ma vie est tordue.
Jamais je crois, je n'avais imaginé, qu'il y eut des rendez-vous, ces hasards, si particuliers. Ecrits je ne sais où, ni dans quel livre, mais posés peut-être sous nos pas, tels des pavés sur nos chemins d'incertitude.
Jamais je n'avais pensé, qu'il y a des choses qu'on ne voit pas. Ces petits riens, qui changent une vie. Nos actes manqués, nos erreurs d'aiguillage, nos yeux fermés.
Faut-il un don pour reconnaître, dans les rumeurs du monde, la voix de l'ange, ou l'appel du démon ?
Est-ce un murmure, une source, aux notes de cristal, un cri qui déchire le ciel,
viscéral...?
Saisir la chance au vol sans y laisser de plumes...
"Mais je vais lui voler dans les plumes à cette Sophie...Qu'est-ce qu'elle fait ?, rater l'heure du thé, ça ne lui ressemble pas..."
En rentrant tout à l'heure, j'ai trouvé ce mot griffonné à la hâte sur le ticket d'un bar :
" Ma Claire, je suis arrivée tôt, tu n'es pas là, j'espère que tout va bien...
je t'appelle tout à l'heure, ne m'attends pas.
Voici les premières, elles sont pour toi !"
Et sur le paillasson un bouquet de tulipes, d'un rose magnifique.
Elles ont rejoint le vase en verre transparent, laissant nues leurs tiges longues et fermes, des jambes, sous la robe, tellement belles... offrant au miroir blanc, carré, leur visage fragile. Comme une question ...

*Note de l'Auteur : Jake Hook, Jeune chanteur, très British...
Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 18:17
........Et avril...
Se découvrir un peu, pas trop.
Il est là le paradoxe...
Nos mots sont nos habits, nos petits hauts, nos bas, nos écharpes et nos gants, nos jeans et nos chemises, nos bagues, nos colliers, nos plates ballerines et notre peau fragile doucement colorée, à ces rayons faciles qui pourraient nous brûler...
Et les écrire là, les coucher à la plume, au crayon, au clair de cette lune, qui brille et fait pleurer, les dessiner en lignes, en colonnes, en prénoms, leur donner une forme, un style, un avion, une porte, un violon, une voix...et ton nom, c'est révéler au jour, aux autres qui écoutent, qui lisent et qui se taisent, qui disent... mais qui biaisent, le secret de nos âmes, et mettre à nu nos vies, nos tourments, nos envies.
Nos mots sont nos habits de lumière et de nuit, de mystère et de scène...
Posés là, je les vois éparpillés, froissés, abandonnés très vite, comme dans une chambre douce, éclairée de pénombre et d'ombres à flirter, et je me vois ... L'âme déshabillée pour simplement vous dire le souvenir de vous...et l'envie de sourire à ce beau rendez-vous.
Paris, mois de mai, milieu d'après-midi, troisième étage, porte droite.
Des embruns sur ma peau, j'ai le miroir salé.
La houle parisienne a frôlé mon malaise, loin de l'île et pourtant....
Le voile soulevé bat d'un rythme plus lent.
La tempête passée, il va falloir entrer.
Paris mois de mai, milieu d'après-midi, troisième étage, porte droite.
On m'attend.
Après, longtemps après tout serait différent...
Rien ne dure.
Ni même le silence, déchiré par nos cris intérieurs.
Les cris du cœur. Le souffle fait tempête. La brise en ouragan, ravageur à plein temps.Tout est dur....
"Et moi, est-ce qu'on m'attend ?"
J'ai perdu jusqu'au goût de l'attente sur les lèvres, jusqu'au pincement du plexus, aux torsions amères de l'estomac trop vide, j'ai perdu cette apnée, ce souffle avorté...
Qu'ai-je donc fait ?
Les mots de Sophie glissent nus sur le tapis, le soleil est violent, de feu rouge et brûlant,  avant sa chute dans l'ouest des marées, des sables émouvants, du sel et puis du vent, effleurant le miroir, carré blanc.
 Le cahier bleu, ses mots venus du ventre, délesté de sa couverture trop souvent pliée, et repliée, s'étalent dans ma lumière. C'est la mienne, oui, celle de l'instant qui ravive mes drames, roulés dans les années, poussière et naphtaline, et oubli mélangés. Des vagues, et de l'écume. Des jours, des nuits, des brumes. Mon naufrage.
"Oubli tu parles !", rien ne s'oublie, rien ne s'efface, mais tout survit, transformé, opéré, disséqué, haché, laissé dans quelque coin abandonné de notre si belle conscience.
J'ai envie de hurler, de crier ma violence rentrée, comme le soir les poubelles.
Je ne le savais pas, mais ces mots-là seraient aussi les miens.
Ces mots-là seraient mon châle, mon manteau, le plaid des jours diaphanes, dans ce gris si léger, feu de bois, tasse de thé, décembre, janvier... ces mots de la lumière retrouvée, plus crue chaque jour, écrasant les pensées au bord du puits, pour mieux les ranimer. Allumant çà et là, luisant sur les pavés, les sentinelles sur les quais, passants solitaires et immobiles, guettant les baisers au crépuscule des amours clandestines et mutines. Les bras, autour des tailles fines, la jambe repliée, escarpin, pointe des pieds, pour le dernier baiser.
"C'était quand, mon dernier baiser ?"
J'ai oublié...
" Menteuse !"
Me rappeler.
Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 10:10
- Et vous Alice, qu'est-ce qui vous a poussée à regarder de l'autre côté
du miroir ?
- L'envie de savoir, sans doute, le manque, les questions sans réponses...
- Racontez-nous votre histoire, elle est belle et pleine d'espoir aussi, pour ceux qui comme vous ont longtemps ignoré leurs racines...
- Je ne sais pas si mon histoire est exemplaire ou représentative, de ce chemin là, mais c'est vrai c'est beau, malgré la tristesse que le temps perdu a installée...J'ai beaucoup de chance, je crois. La vie est pleine de surprises, bonnes et mauvaises, la vie nous joue des tours, mais c'est la vie, et elle est belle quoiqu'il en soit.
- Vous avez un regard très positif sur tout ce qui vous est arrivé, vous le dites, vous avez eu, dans votre "malheur", puisque ce manque vous a malgré tout torturée longtemps, la chance de trouver un équilibre, tardif, mais un équilibre quand même...
- Oui, je dirais que le questionnement est devenu plus cruel à l'adolescence, mais prise dans le tourbillon de mes études et du foisonnement bouillant de cette période de construction personnelle, c'est après, quand je suis devenue une "femme" que tout est devenu plus difficile, quand j'ai eu l'âge qu'avait ma mère quand j'ai été conçue. Inévitablement, je me suis regardée différemment et je l'ai regardée différemment aussi.
- Votre mère à l'époque, avait une relation suivie avec un jeune homme de son âge ou à peu près, ils ne s'étaient rien promis, lui se voulait libre, elle, elle tenait un peu plus à lui, peut-être, c'est çà ? Et puis, vous êtes arrivée...
- C'est celà, ma mère a voulu garder l'enfant qu'elle portait, mon père était jeune, pas préparé du tout à cette aventure, à cette erreur d'aiguillage... et il lui a expliqué qu'il ne s'embarquerait pas pour ce voyage avec elle. Il voulait vivre encore, découvrir d'autres chemins, s'installer dans sa vie professionnelle avant de penser à établir une relation stable, avec ce que cela suppose d'engagement et de responsabilités...et d'amour aussi...
- Et malgré tout, elle a voulu mener sa grossesse à terme, avoir ce bébé, faire un bébé toute seule, comme le chantait Jean-Jacques Goldman à l'époque, et que s'est-il passé ensuite ?
- Mon père m'a vue à ma naissance, et c'est tout.
- Vous ne l'avez donc plus jamais vu par la suite...
- C'est çà, oui, le vide pendant de nombreuses années, 25 années... Vingt cinq ans pendant lesquels je me savais sans père, parce que le mien ne pouvait pas être avec moi.
C'est ce que ma mère m'a toujours dit, calmement, avec une forme de résignation sereine. C'était impossible, point.
- Et puis, un jour vous vous êtes lancée... Vous êtes allée voir de l'autre côté du miroir...
- Au sens littéral oui, parce que tout simplement, je ne ressemble pas du tout à ma mère, ni à mes tantes, ni à ma grand-mère, ni aux hommes de la famille au sein de laquelle j'ai grandi... Evidemment, cela suscite des questions. A qui est-ce que je ressemble, et bien sûr, d'où est-ce que je viens...?
- Et votre mère, vous lui avez posé cette question à nouveau, ou pour la première fois peut-être ?
- Pour la vraie première fois, je dirais, il y a eu un moment, où j'ai eu besoin de çà. Un besoin très fort, j'étais amoureuse, et mon histoire avait du mal à décoller... je me cherchais plus que d'habitude et le miroir du regard de l'autre, de mon ami, ne me suffisait pas ou plus... C'était très difficile, très déstabilisant... J'avais vécu, jusque là très entourée, aimée, choyée, ma mère s'était construit une vie différente avec quelqu'un qui m'a élevée comme sa fille, avec mes frères et soeurs, mais là c'était le vide... Un vide profond.
- Comment vous êtes-vous décidée..., à sauter le pas ?
- C'est mon image qui m'y a presque forcée, ce visage dans le miroir qui forcément était le reflet d'un autre, et au-delà d'une personne et d'une vie...
- Et vous avez retrouvé votre père...
- Oui, l'histoire des retrouvailles est un peu complexe, mais c'est ce qui s'est passé et finalement très simplement... Ma mère a accepté, comprenant mon mal-être de me donner son nom, et j'ai cherché... et puis j'ai trouvé.
- Vous vous êtes donc vus, découverts... Un choc ?
- Un choc et un grand bonheur, c'était moi en face de moi. Enfin le miroir me renvoyait mon image. Ca été un moment bouleversant...
- Et votre père n'a pas eu de réticences ?
- Aucune, il savait que j'existais, il y pensait parfois...
- Vous avez noué des relations vraies avec lui ?
- Non seulement avec lui, mais sa famille, ses autres enfants, qui me ressemblent...
- Comment vivez-vous cette nouvelle naissance, car c'en est une je pense ?
- Bonheur et douleur à la fois, mais bonheur surtout... Et ce que je voudrais dire, c'est que je respecte les choix, différents, de mes parents, je crois que c'est important pour avancer dans ma nouvelle vie. Je ne peux pas leur en vouloir. Ils ont fait ce qu'ils ont pu, avec leur propre histoire, et avec ce que le miroir leur renvoyait d'eux...
Mais surtout je dis merci, un grand merci à ma mère, qui en acceptant de me parler vrai, m'a donné la vie une deuxième fois. C'est le plus beau des cadeaux...
- Merci, Alice, nous sommes tous bouleversés par votre témoignage, très touchant et pudique... Que peut-on vous souhaiter maintenant ?
- Je ne sais pas... l'amour, le grand...
"Et moi, je fais quoi pour Julie ... et pour tout le reste ?"
En marchant le long des quais, mon image en vrille dans les eaux de la Seine agitée par la brise du soir qui tombe, irisée dans les rayons roses et prunes du couchant, j'ai revécu une à une les étapes de cet enregistrement, quelle leçon de vie et d'humanité, je me suis sentie tellement à côté de la plaque, murée dans mes silences, prisonnière consentante de mes non-dits, de mon égoïsme, de mes folies de femme... libre ????mais pas libérée !...
Et maintenant je baigne dans la flaque immense de mes larmes de mère indigne... Est-ce qu'il est trop tard...?
Par où commencer ?
Me jeter à l'eau ...
Quai aux fleurs. Je suis arrivée, vidée, comme un vase oublié sur un meuble, les tiges molles et les pétales éparpillés.
Monter, respirer, monter encore, prendre de la hauteur, trouver le calme et les couleurs de demain...
Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 17:14
- Voilà, j'y suis, un peu de blush... miroir joli miroir, une touche de rose, mon trench, mon sac, le dossier, on y va !
- Je suis venue en taxi, il attend en bas... tu es sûre que ça va aller ?
- Mais oui, le plus dur est passé...demain est un autre jour...
- Tu es bizarre Claire !
- Laisse tomber, tu veux, avec qui on commence ?
- Tu te rappelles cette nana qui nous a écrit la plus triste des lettres qu'on ait jamais eues...
- Juliette ?
- Oui, c'est çà, celle qui a découvert qu'elle était la fille de feu son adorable et vénéré notable de grand-père en retrouvant le journal de sa mère après sa mort... Sa mère qui a fini par se suicider brûlée à jamais par la chaleur paternelle !
- Je suis refroidie d'avance... y a des Roméos un peu chauds dont on se passerait, non ?
"La vie n'est décidément pas un long fleuve tranquille", me dis-je en regardant les ombres grises de la Seine danser derrière les vitres du taxi. Je me demande comment l'idée ne m'est pas venue que ce sujet précisément me mettrait à ce point face au miroir, et précisément à ce moment-là de ma vie.
Les choses qui nous arrivent doivent-elles arriver ?
Est-il écrit quelquepart que nous avons rendez-vous avec nous même un jour ou l'autre ?
Et pourquoi ?
Cette pauvre Juliette n'a pas rencontré son ange gardien, elle n'a pas su ou pas vu dans certains signes du temps les plumes qui défont les nuages, les baumes qui réparent. Sa mère non plus. La parole libérée au moment opportun aurait changé leur vie à toutes les deux. A ce c............. aussi ! Quel gâchis...!
Et c'est moi qui dis tout celà...
Je ne me reconnais plus. Mon image tremble dans son reflet sur la vitre du taxi qui continue sa course... Un coup d'oeil à l'heure. On y sera dans les temps. Le rétroviseur me renvoie mon visage en pleine figure, et avec lui les mots de Sophie et les miens mélangés.
C'est étrange, mais il me semble que nous sommes plus proches que jamais, unies dans nos différences et nos ressemblances improbables et pourtant tangibles. A quel point je ne sais pas. C'est difficile à dire. Ses délires restent obscurs et bizarrement je la sens avare de plus de confidences aujourd'hui. On verra tout à l'heure.
"Il faut que je pense au thé !".
-
Pardon, tu disais ?
- Oh rien, un thé avec mon amie Sophie, tu sais, la décoratrice.
Elle passe dans l'après-midi, je voudrais changer de décor mais je ne sais que choisir, peut-être du métal et du bois brut, du noir, du blanc et des taches de couleur...On verra...
Je suis un peu à l'ouest...
- J'avais remarqué, d'ailleurs on arrive...
Tout à l'heure je laisserai dans mon dos le cercle du soleil faire un "i" sur la Tour Eiffel, et marcherai tranquille sur les quais. Je chercherai dans les eaux brunes mon nouveau visage. Dans mes cheveux défaits soufflera comme l'air de la mer. C'est décidé j'embarque pour une terre nouvelle. Je noierai dans le fleuve gris bleu, mes souvenirs amers et mes démâtages volontaires, mon insouciance, mon égoïste indépendance. Ma liberté aussi, celle qui m'a ouvert les mondes, tous les mondes, et enfermée au fond dans mon continent rétréci de solitude.
Et si la sagesse était, finalement d'apprendre à aimer ce nous sommes, à aimer ce que nous n'aurons pas, à tendre nos mains ouvertes et ne pas les refermer, sur ce que nous voulons, à tout prix, à n'importe quel prix.
Apprendre, à aimer le sourire sans convoiter la bouche.
Apprendre, à suivre le regard sans y chercher l'abîme.
Aimer l'inaccessible sans crever de douleur.
Ne pas vouloir tout, toujours, et malgré tout.
Et dire, quand il est temps, les choses belles et dures.
Pour le meilleur et pour le pire.
Je sais que je vais parler.
Bientôt.

Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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Qui je suis....

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Laissez-moi vous dire

Mes mots sont à moi, je vous les prête...
Ne les empruntez pas...
Merci .

Un peu de moi...mais pas trop

                                                                                                
                                                                  
Je suis née au Mexique, ou plutôt à la frontière italienne, dans le chant des lavandes,ou sur un tapis d'édelweiss. Et j'ai toujours connu le parfum fou des fleurs et l'ivresse des auteurs, la chaleur et la neige,les odeurs de provence,l'huile,les fruits,le thé,le vin,le vent...et la musique.Mon premier rock, c'est ma rivière, mes rolling stones dans ma vallée.
J'ai les yeux couleurs Ubaye, et la fougue de ses eaux,
le calme clair de ses montagnes, la douceur vive de mon berceau d'hiver.Je suis une fille des montagnes, réfugiée dans un pays plat, qui court au milieu des bois, et rêve dans les eaux calmes d'un fleuve roi.


Musiques au coeur


Les indispensables
...
parmi tant et tant
je les ajouterai
au fil du temps











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