Lundi 16 février 2009
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17:06
Et la maison s'est endormie. Sur la table un thé refroidi. Quelle heure est-il ? Dans les mots de Sophie, je me suis
fondue, comme la neige dehors qui n'aura pas tenu, s'est fondue dans les gris jaunes du jardin. Combien de temps suis-je restée, abandonnée aux frissons ? Une photo a glissé de ma main. Vieille
photo. Des larmes glissent, silencieuses, sur mes joues et suivent les sillons que la peine a creusé.
La lune a changé de place. Une heure, peut-être deux, et des
images, qui passent comme des nuages devant sa lumière blonde. Toucher ses cheveux, caresser ses boucles dorées. Je repose la photo, dans le carnet ouvert, et je m'enivre de ses yeux. Dormir, ne
plus penser. Sombrer. Chercher le noir de la chambre. Trouver de la chaleur dans ce grand lit trop froid. Sans forces, je m'étends, et la nuit m'enveloppe dans ses heures profondes.
Raphaël ? C'est toi ? Qu'est-ce qui se passe ? T'as vu l'heure ?
Eh ben quoi quelle heure il est ?
Deux heures ! Du mat ! T'exagères, je travaille demain.
J'avais envie de te parler.
T'as des soucis ?
Non, pas vraiment tout va bien au cabinet... euh, tu me manques...
Je te trouve bizarre, tu es sûr que tout va bien ?
Mais oui, rendors-toi tu as raison il est tard, on se rappelle.
Toi aussi tu me manques, bonne nuit....
Bonne nuit, Julie.
.........Le sommeil est un voyage. Une succession de trains. Ne pas rater la correspondance. Rêves de voyage. Voyages de rêve. Une vie à côté, dans la marge, des histoires qui s'écrivent avec une
autre plume, sous la lune. Il est entré dans mes nuits. Et c'est là, vraiment qu'il est entré dans ma vie. Autrement. Etonnament présent. De lui, je n'ai pas de photo. Mais dans mes rêves, il est
là, presque vrai. Je ne l'ai vu que deux fois. Et la deuxième fois, je l'ai tellement regardé, comme une dernière fois, comme pour graver dans le moindre recoin de ma mémoire, ses cheveux coupés,
j'ai bu son regard bleu, pour le voir briller sous mes paupières closes, quand un instant je ferme les yeux. Je l'ai bu. Je m'en suis enivrée. Ce n'était pas que le vin.
Ne plus penser, ne plus rêver, oublier. Il est entré dans mes nuits. Je dors avec lui... Pourquoi ? Mon corps me parle, mon coeur raisonne, mon âme sombre... l'inconnu. Insondable voyage, où les
bruits de mon coeur résonnent d'un chant nouveau, comme un tube, qui se retient trop bien. Et je retiens son image, je fais durer les rêves, je poursuis le voyage vers le matin. Et dans la pénombre
les yeux de Pierre. Il me sourie. Je l'aime.
Cinq heures...Rendors-toi, Claire !
J'ai loupé la correspondance. Les photos, pas le soir...et me voilà perdue dans les rêves de Sophie. Caresser ses boucles blondes. Et sourire à ses
yeux d'enfant. Encore...
Ne plus penser, ne plus rêver, oublier... je ne crois pas que tu sois meilleure que moi à ce jeu là, Sophie !
Par Frédérique L.R
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Jeudi 12 février 2009
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12
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/2009
17:13
Lire ses maux à elle, rend les miens plus légers, comme un peu de bonheur versé sur mon dimanche, dans ma tasse de
thé. Réveiller le silence...
Mais par où commencer ?
Allô Maman c'est Julie !
Oh, Ma Julie, comment ça va ?
Mycket bra ! tack ! c'est toujours aussi génial !
Pas trop dur, cette nuit qui n'en finit pas ?
Tu sais je n'ai pas vraiment le temps d'y penser, entre le boulot et les copains...
Raconte-moi ton dimanche !
Super Söndag, comme d'habitude... lever pas trop tôt, "Prinz korv" bien dorées et fromage, et ce pain noir aux graines que tu adores...pour le frukost, et une longue balade dans la vieille ville,
sous le soleil... Des bleus, des jaunes, tu sais ...C'était beau...je ne m'en lasse pas.
Toujours de la neige ?
Oui, oui, bien épaisse, et le temps est très sec, on ne sent pas le froid. Et puis, les collègues sont vraiment adorables. Ils m'ont emmenée dans un fika, c'est un café à la mode suédoise, un salon
de thé "jeune" et moderne, je me suis gavée de "Prinzess Torta"...
Tu vas revenir avec dix kilos si tu continues !
T'inquiète maman, tout va bien, je marche beaucoup, et toi tu fais quoi ?
Je lis... je me repose, demain encore une rude journée, je crois que j'ai bien fait d'abandonner les nuits...
On se rappelle bientôt ?
Oui, ma puce, bientôt.
Adjö ! Mam, je t'embrasse très fort !
Moi aussi, profites-en bien...Bye !
Ma Julie, elle aussi elle me manque, c'est mon soleil au pays de la nuit, je me demande comment elle supporte tout ce noir. Enfin, elle va bientôt rentrer, sa mission ne dure que trois mois.
J'attends avec impatience qu'elle me détaille tout çà.
Je frissonne, la nuit est là, très tôt encore, et la lune me nargue cachée derrière les arbres du jardin. Elle me sourit, comme elle a l'air tranquille, et douce... une lune de miel, blonde et
gaie. Et je pense à Julie, mon soleil, je donnerai la lune pour elle, si je pouvais.
...J'attraperai la lune et te la donnerai.
Les mots de Sophie me rattrapent. Je voudrais les relire, et voir entre les lignes , les signes, les symptômes, les fantômes.
.......J'attraperai la lune et te la donnerai... Que ne ferait-on pas quand on aime... jouer les pierrots, écrire à la chandelle des mots de tous les jours parfumés des vapeurs de la cire
d'abeille, sceller les sentiments dans l'encre qui attache et qui lie les amants.
Amants... aimants, qui s'attirent et se lâchent, se cherchent et puis se cachent.
Je cache mes envies dans les plis de ma vie. Je ne veux pas qu'on sache, qu'il est mon eau de vie. Je voudrais le lui dire à lui et à lui seul. Mais mes mots sont trop lâches... et me collent à la
peau. Incapables d'envol, j'ai peur que mon coeur lache, et ma plume les garde dans ce petit cahier.
Je me souviens encore... Jamais nous n'aurions du nous rencontrer.
Paris, moi de mai.
Il fait chaud, très chaud.
Trop chaud.
Trop chaud pour ce jean, ce petit haut de voile chahuté par la brise des bords de Seine.
Trop chaud pour les bleus et les ocres de la ceinture qui cache à peine l'oeil rond plissé au creux du ventre.
Origines.
Escarpins camel, bijoux de pieds...on serait mieux la peau libre sur le pavé, la plage.
Paris, moi de mai, milieu d'après-midi, de l'eau, fraîche, une terrasse, à l'ombre des platanes, gorge sèche, questions sans réponses, angoisse.
Rendez-vous.
J'attendrai les tulipes et leur corolle ouverte, offerte au ciel, et j'ouvrirai mon coeur.
Je te tendrai la main.
Réveiller le silence. Et ne plus avoir peur.
Par Frédérique L.R
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Mercredi 11 février 2009
3
11
/02
/2009
10:30
...........Et les bruits de mon coeur remplissent le silence.
Mon coeur d'amour trop lourd
s'égare,
de l'aube au petit jour,
je pars...
On s'est vus l'autre jour. Et ce jour-là est long, gravé dans ma mémoire. Un déjeuner. Du vin. Des mots. Des moments partagés. Et ma tête qui tourne. Après. Dans la ville qui grouille, dans le
bruit de la foule.
Ce n'était pas prévu. On s'est vus l'autre jour, et ce jour là fut court. Quelques heures avec lui, dans les rues de Paris.
Et plus tard, loin des vagues et des quais, la lune était sauvage, et pleine, au-dessus de la route. Ronde, claire dans un ciel noir de suie. Si proche, on pouvait la toucher à l'horizon tout
bas.
Une lune d'amour pour tous les Valentins. Je roulai en silence, en ne pensant qu'à lui.
Paris, moi de mai. Il faisait chaud et j'écoutais mon coeur.
Je me souviens. Les bruits de mon coeur, alors, avaient un autre rythme, battaient d'un autre son...
C'est une histoire de coeur. Cette Sophie, elle m'étonnera toujours.
C'est vrai, je croyais Sophie à l'abri du tumulte. Le petit cahier bleu délivrait peu à peu à mon regard timide, la mémoire de Sophie, tracée au crayon gris. Par bribes. Parler de tout, de rien, me
semble dérisoire. Je sais. Et facile. Raconter son histoire...
Sophie comment fais-tu ?
Raconter son histoire c'est puiser dans ses tripes. Ca fait mal. Est-ce une délivrance qu'on cherche dans les mots, et ces mots-là sont-ils le véritable écho de nos silences ? Assourdissants,
gardés, baillonnés, étouffés au-dedans.
........Depuis la lune ronde, rien ou si peu. Un petit mot de lui. Merci. Des signes en transparence. La plume de mon ange.
J'écoute le silence de la maison tranquille, le soleil entre à flots et baigne les feuilles blanches. J'écris. Je me souviens en mélange, d'hier et bien plus loin. Paris est mon mirage, les vapeurs
de la Seine dansent devant mes yeux. Une larme est tombée sur le bleu de mes lettres, des étoiles en sont nées, noyant les mots que je venais d'écrire.
Et je froisse la feuille, pour écrire à nouveau.
"On the moon, that's where you find me soon"... Il comprendra. Peut-être. Ou peut-être pas. La musique a rempli le silence. Le souffle de sa voix me remplit et me comble. C'est le sentiment
nouveau. C'est l'envie de sa peau.
Les ailes du désir, nées des plumes de l'ange.
Sophie tu me fais voler...
Par Frédérique L.R
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Mardi 10 février 2009
2
10
/02
/2009
17:46
..........Te prendre par la main
C'est une chose douce
Te prendre par la main
T'emmener vers demain,
Une promesse, comme un espoir,
Paris.
Mois de mai.
Je ne le savais pas, mais c'est là que tout commencerait.
Y a-t-il un hasard ? Ou les choses sont elles écrites ?
Forçons-nous le destin, ouvrons-nous les bonnes portes ?
Au bistrot en bas, l'eau était fraîche, mais déjà bouche sèche, il faudrait pousser la porte.
S'assoir. Attendre. Attendre sous le plafond haut qui tombe, parce que l'attente est lourde.
Les meubles pâles. Se concentrer. Respirer. Un instant. Long. Interminable.
Je me souviens, et je retrace ce souvenir.
C'était il y a longtemps déjà. Le ciel était d'un bleu de porcelaine. Une brise légère soulevait doucement le voile du petit haut que je portais ce jour là, au rythme calme de mes pas.
La peau dévoilée en secret entre les liens qui se nouent patiemment, et faits pour être dénoués par une main que l'attente ne rebute pas. Un cadeau ou la promesse d'un cadeau.
Sait-on toujours ce que les heures bleues, du pâle au bleu marine, peuvent nous réserver.
Je me souviens. J'ai marché sur les quais inquiète. Rêveuse. Optimiste. J'ai marché dans les rues plus fraîches. Fataliste.
Que c'est bruyant un coeur qui bat d'une attente qu'il ne reconnait pas.
Par Frédérique L.R
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Lundi 9 février 2009
1
09
/02
/2009
17:55
Sophie.
Amoureuse.
J'aime ce mot, léger et lourd à la fois. Fait de bonheur et d'heures précieuses. Il devrait rimer avec heureuse. Alors pourquoi tous ces tourments ?
Heureuse, comme j'aimerais faire mien ce mot de rien.
J'ai tout raté. A vouloir vivre tout, l'indispensable je ne l'ai pas trouvé. Ou pas gardé.
Claire tu t'égares ...
Allo, Sophie, c'est Claire ! Tu vas bien ?
Bonjour, vous êtes bien chez Sophie et Pierre, vous pouvez laisser un message.
Oh, flûte ! Je me fais toujours avoir avec ce truc !
Bon, Sophie c'est Claire, je passais prendre des nouvelles des violettes et des tulipes, avec ce radoucissement...
On se rappelle ?
Quelques précisions m'auraient été bien utiles, ce serait pour un autre jour.
J'avais eu toutes les peines du monde à ouvrir le petit cahier bleu à nouveau. La neige avait accaparé mes rêves. Une semaine de blancheur scintillante, de paysages ranimés, de longues promenades
sous les arches emplumées de ouate...et ce son feutré partout...Un monde de douceur s'était révélé, inhabituel et magique. Parfait pour ma solitude.
Et mes moments de tranquillité, mais le mot est bien fort, je les utilisais à observer ce monde inattendu, rêvé. Ce blanc était un tel apaisement. Permanent. Durable. Une semaine de soleil haut
dans un ciel pur et bleu, une semaine de froid intense, vivifiant et tonique. Olympique, je me sentais olympique, ou -pienne... presque bénie des dieux...Les perce-neige ne tarderaient
plus à blanchir les sous-bois, faisant croire à quelques névés improbables. Que c'est beau l'hiver !
Mais qu'il m'est difficile de m'immiscer à nouveau dans les mots de Sophie.
Et Pierre dans tout celà ? Ce demi-dieu, cet Appollon...son éternel...
Et puis la neige avait fondu, faisant place à une gadoue infâme et salissante, pour les pieds et pour l'âme, rien de tel que le dégel pour vous mettre en déroute.
Le gris avait sali le blanc irrémédiablement, pas une goutte de pluie pour laver tout ça, pas un rayon de soleil pour sécher la glaise collante et trop amicale. Les arbres s'élançaient nus dans un
ciel bien trop bas, leur ôtant toute allure. Les sapins pleuraient, et moi aussi, des larmes sans eau.
Une pierre au creux du ventre. Une épée dans la gorge. J'ai beau le reléguer au fond de mes pensées... Il me manque. J'ai tout raté. Même ça, m'a échappé. Dans ce ciel plombé, je touchais le
plafond, et bientôt le fond.
Arrête, tu te fatigues, tu te mines...pour rien, prends le téléphone, envoie lui un mail, pense à autre chose...Secoue-toi bon sang. Tu l'as voulue ta liberté, tu l'as.
Amoureuse.
Heureuse. Tout à coup j'enviais Sophie, d'avoir ce jardin secret, de violettes et de tulipes. Cet émoi.
Mon émoi à moi, avait bien pâle figure. Une fleur fanée, oubliée, dans un jardin sec et abandonné.
Dehors, il faisait moins froid, et le soleil revint, insolent de lumière. Le givre de la nuit avait posé des pierres blanches sur les branches glacées, qui luisaient maintenant au soleil de midi.
Un beau dimanche. Assez bleu pour me plonger à nouveau dans le cahier mystérieux.
Heureuse, je le serai peut-être... par procuration...
Par Frédérique L.R
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