Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 17:01
Attendre…
Je suis l'attente. La patience, et le silence.
L'espoir.
Je cultive le calme, comme on prend soin des fleurs. Et je cueille le jour, comme on cueille une rose, je m'en saisis délicatement,  et oubliant les épines, j'en respire les nuances. Je bois le bleu du ciel et l'ombre apaisante. Je me nourris du silence des branches, qu'aucun zéphir n'agite. Et les heures s'écoulent au rythme des merveilles du monde qui palpite.
L'attente est belle, faite de rêveries, peuplée de mots magiques, et d'images.
L'attente est riche, de ce que l'on achète pas.
Attendre un mot, attendre  un signe, attendre un regard.
Attendre des pas, une main, une voix. Attendre et espérer.
Attendre comme on attend un enfant, comme on attend le printemps, et porter dans son ventre les douleurs d'un bonheur, imaginé.
L'attente est magique et nous emporte.
L'attente fourmille, l'attente grouille. Microcosmos des sentiments.
Sur l'herbe courbée, je suis, les points noirs de la coccinelle qui bientôt va retrouver l'azur, ses ailes déployées. Et je vole à sa suite, ne laissant dans les airs que le parfum de ma fuite.
Je marche dans les blés qui ondulent, je cours sur les chemins. Je fais miens le temps et puis l'espace. Je me remplis de vie. Je les remplis de vie.
Je voyage et pose mes bagages dans les herbes sauvages. Je glisse sur l'onde du fleuve, paisible, vers le port et l'attache, cherchant un nouveau monde.
L'attente est belle, mais l'attente est cruelle.
Elle vide nos regards, qui doucement se perdent dans un gouffre de songes.
L'attente est vide.
Et nos yeux embués sur l'océan s'égarent qui emporte avec lui les verts, les bleus, les gris, et l'horizon avale, vertigineuses, les rames de nos rêveries. Les vagues de mon âme roulent sur les galets, puis s'échouent sur le sable… et dans la lumière des peintres, se dessine à nouveau l'espoir.
Douce torture. Elle blanchit nos nuits, agitées et humides, inventant des lumières, quand là, plus rien ne luit, quand la lune déserte le ciel pour un autre horizon. Sur les vertèbres, un frémissement, un frisson, une caresse qu'aucun doigt ne dirige. Au creux du ventre comme une plainte, lente.
Attendre dans la nuit, quand le sommeil nous fuit. L'attente est noire.
Masochiste poison, elle coule dans nos veines. Alors, sombrer, toucher le fond, chavirer, dans les méandres d'un sentiment puissant.
Et le prince surgit, sans visage et sans nom, venu de nulle part, d'un ailleurs invisible, intérieur. Porteur d'une nouvelle. Le désir, ou l'idée du désir.
Vivre et déposer les larmes, quand le matin renaît.
Croire encore au soleil et attendre…
Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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