Lundi 9 février 2009
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17:55
Sophie.
Amoureuse.
J'aime ce mot, léger et lourd à la fois. Fait de bonheur et d'heures précieuses. Il devrait rimer avec heureuse. Alors pourquoi tous ces tourments ?
Heureuse, comme j'aimerais faire mien ce mot de rien.
J'ai tout raté. A vouloir vivre tout, l'indispensable je ne l'ai pas trouvé. Ou pas gardé.
Claire tu t'égares ...
Allo, Sophie, c'est Claire ! Tu vas bien ?
Bonjour, vous êtes bien chez Sophie et Pierre, vous pouvez laisser un message.
Oh, flûte ! Je me fais toujours avoir avec ce truc !
Bon, Sophie c'est Claire, je passais prendre des nouvelles des violettes et des tulipes, avec ce radoucissement...
On se rappelle ?
Quelques précisions m'auraient été bien utiles, ce serait pour un autre jour.
J'avais eu toutes les peines du monde à ouvrir le petit cahier bleu à nouveau. La neige avait accaparé mes rêves. Une semaine de blancheur scintillante, de paysages ranimés, de longues promenades
sous les arches emplumées de ouate...et ce son feutré partout...Un monde de douceur s'était révélé, inhabituel et magique. Parfait pour ma solitude.
Et mes moments de tranquillité, mais le mot est bien fort, je les utilisais à observer ce monde inattendu, rêvé. Ce blanc était un tel apaisement. Permanent. Durable. Une semaine de soleil haut
dans un ciel pur et bleu, une semaine de froid intense, vivifiant et tonique. Olympique, je me sentais olympique, ou -pienne... presque bénie des dieux...Les perce-neige ne tarderaient
plus à blanchir les sous-bois, faisant croire à quelques névés improbables. Que c'est beau l'hiver !
Mais qu'il m'est difficile de m'immiscer à nouveau dans les mots de Sophie.
Et Pierre dans tout celà ? Ce demi-dieu, cet Appollon...son éternel...
Et puis la neige avait fondu, faisant place à une gadoue infâme et salissante, pour les pieds et pour l'âme, rien de tel que le dégel pour vous mettre en déroute.
Le gris avait sali le blanc irrémédiablement, pas une goutte de pluie pour laver tout ça, pas un rayon de soleil pour sécher la glaise collante et trop amicale. Les arbres s'élançaient nus dans un
ciel bien trop bas, leur ôtant toute allure. Les sapins pleuraient, et moi aussi, des larmes sans eau.
Une pierre au creux du ventre. Une épée dans la gorge. J'ai beau le reléguer au fond de mes pensées... Il me manque. J'ai tout raté. Même ça, m'a échappé. Dans ce ciel plombé, je touchais le
plafond, et bientôt le fond.
Arrête, tu te fatigues, tu te mines...pour rien, prends le téléphone, envoie lui un mail, pense à autre chose...Secoue-toi bon sang. Tu l'as voulue ta liberté, tu l'as.
Amoureuse.
Heureuse. Tout à coup j'enviais Sophie, d'avoir ce jardin secret, de violettes et de tulipes. Cet émoi.
Mon émoi à moi, avait bien pâle figure. Une fleur fanée, oubliée, dans un jardin sec et abandonné.
Dehors, il faisait moins froid, et le soleil revint, insolent de lumière. Le givre de la nuit avait posé des pierres blanches sur les branches glacées, qui luisaient maintenant au soleil de midi.
Un beau dimanche. Assez bleu pour me plonger à nouveau dans le cahier mystérieux.
Heureuse, je le serai peut-être... par procuration...
Par Frédérique L.R
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Publié dans : écriture et poésie
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