Jeudi 5 mars 2009
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19:03
........Le jour se lève.
Je me demande si j'ai dormi, la tête dans les étoiles. Captivée par le spectacle du soir sur les roches rougies,
lovée la chaleur de Pierre, livrée à ses mains de bâtisseur de bonheur. C'est son métier, sculpter la pierre blanche, l'adoucir, la parer de volutes et
d'acanthes, tout en courbes. Dessiner sous ses doigts, au bout du ciseau, de la pointe ou de la
gradine, sous les coups des massettes, avec toute la douceur et la précision de l'orfèvre, le manteau
qui accueillera l'âtre, le bois, le feu, les braises...
C'est sous ses mains que mon corps a grandi, c'est dans ses bras puissants et protecteurs que je lève les voiles, emportée par un vent de liberté auquel aucun alizé ne m'avait préparée.Le souffle au fil
du temps confine à la tempête.
Les cheveux en bataille, nue, offerte au vide de la fenêtre ouverte sur l'horizon porteur des origines, les images reviennent. De mai, de mars...
Une boule de feu d'un rouge fait de sang surgit tout doucement derrière les crêtes blanches.
J'attendais le soleil et c'est un autre dieu qui surgit sous mes yeux.
Puis semblant venir de loin, un tintement léger... Pierre a préparé du thé.
Nous n'avons pas beaucoup parlé, quelques phrases, enlacés face à ce soleil transfiguré.
Merci mon amour.
Veux-tu que je baisse le store ?
Surtout pas, c'est comme une naissance, regarde...
Tu y penses parfois ?
Non, plus maintenant, c'est trop tard.
Et nous avons Martin.
Embrasse-moi.
Et puis, j'ai renversé le thé, quand il m'a retournée, sondant au plus profond mon regard embué, comme pour voir au-delà de mes yeux, une autre vérité.
C'était vrai, je n'y pensais plus, d'autres envies s'étaient vissées à mes entrailles.
Je m'abandonnai à nouveau à ses appétits dans les lueurs d'une aube merveilleuse, oubliant cette fois, de glisser en dehors de la piste.
Quoiqu'il en soit, mon ange était en moi, encore.
Mars faisait là son entrée, bien décidé à évincer l'hiver, avec toute la fougue des jeunes pousses.
Où en sont les jonquilles ? Y a-t-il de nouvelles violettes près du portail ?
Je vous désire et je me cache, j'ai fait de ces montagnes mon refuge, ma thébaïde, m'aiderez-vous à descendre, à remonter la pente ?
Saurais-je attendre les tulipes ?
J'entends au fond de mes rêveries, un murmure, de l'eau qui coule, le thé. Pierre.
Qui se lève et choisit un album sur l'étagère bordée de coeurs, puis la piste... le "Jardin d'hiver", sous les doigts mélancoliques de Jacky Terrasson.
Le bonheur est dans la neige, caché, décidé à percer.
Par Frédérique L.R
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Publié dans : écriture et poésie
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