Vendredi 6 mars 2009
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11:16
Une naissance, le printemps qui s'annonce, et cherche son chemin dans le ventre de la terre. Sophie ne m'avait pas
dit, pour cet enfant. Je connais les douleurs indicibles.
Et le silence de la perte, le ventre vide, le coeur déchiré. Le souffle coupé. Les mains égarées. Le cordon coupé, à jamais.
Allô Julie, ...
Oui, Mam, c'est moi, ça va ?
Ca va, l'hiver joue avec le temps et je suis parfois ...perdue, mais bon...
et toi ?
Que dire, je me sens bien ici, malgré le froid, la nuit, la neige, tu sais le moindre rayon de soleil est une bénédiction et on en profite au maximum...La lumière est tellement belle dans
l'archipel. Moi je craque pour toute cette magie... mais tout le monde voudrait voir la neige fondre et rêve de la couleur des fleurs ! Je ne suis que de passage...C'est sans doute différent.
Sven a planté des centaines tulipes et de narcisses dans son mouchoir de poche, et du coup j'attends l'explosion avec impatience.
Il va bien ?
Oui oui, toujours aussi adorable, si jeune...Plein d'attentions, il t'aime beaucoup, je crois qu'il t'a toujours aimée, c'est bizarre de côtoyer cet homme de si près et sans toi...
Pourquoi ? Tu le connais depuis longtemps...
Oui, bien sûr, mais là on parle différemment, de nous, de toi, d'avant...
Ca m'ennuie de te dire çà comme çà, mais un père comme lui...
... Adorable, c'est le mot...
Il m'a dit beaucoup de choses tu sais...
Je ne crois pas que ce soit facile pour une mère de raconter sa vie de femme à ses enfants, ni même souhaitable sur certains points...ou de justifier ses choix...
Je comprends Maman, mais ma situation n'est pas des plus faciles à vivre !
Ecoute Julie, on ne peut pas se fâcher au téléphone, je pense qu'il faudra que je me force à cesser de taire certaines choses... J'y réfléchis beaucoup en ce moment, mon émission me laisse un peu
de temps. Et puis, j'ai de drôles de conversations avec Sophie...
Ah bon ! Vos papotages de vieilles anglaises...!
Vieilles, je t'en prie ! Les femmes ont l'âge de leurs envies ! Seule la théière l'est... vieille et anglaise ! Chipie !
Et puis, on s'est dit à bientôt, sa voix s'est tue, dans un "clic", me laissant tanguer, au bord d'un vide si lourd. Une claque ...
Ma seule envie alors, m'asseoir avec elle sur le bord de son lit, dans cette chambre où elle ne dort plus guère, ici, à la campagne, notre refuge préféré, habité par tant de souvenirs complices et
de douleurs aussi.
Partir. A la minute, laisser filer, glisser... Remonter la pente. Rejaillir.
J'ai envie de Paris et du bruit. D'une autre solitude.
Tellement de vide, tellement d'années, perdues... Le temps qui passe...
"... le temps perdu, ne se rattrappe plus, oui je sais, et c'est bien fait ! Allez prends ton sac, ouvre le cadenas de ta solitude, et rentre..."
"...I love Paris in the spring time ..."
Ouvrir la boîte aux lettres, rien, la grille et filer vite..." because my love is near...Flûte j'ai perdu le disque ! "
Par Frédérique L.R
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Publié dans : écriture et poésie
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