Vendredi 20 mars 2009
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19:06
Je ne sais pas quelle heure il est, je ne sais plus quel jour on est, hier, c'était hier je crois...
Demain est né hier, est-ce qu'on est demain, aujourd'hui...
Quelle lumière ?
Ouvrir les volets, mais d'abord tomber du lit...C'est tout ce dont je me sens capable, anéantie, chavirée...
Sur la Seine le jour se lève, ai-je dormi tout habillée ?
Sur la table crème à côté du lit à peine défait, un verre vide et le courrier, et sur le lit le cahier bleu.
Je crois que j'ai lu, longtemps, combien de temps ? Je crois que j'ai bu aussi, souvent...
" Et repousser les murs de ma folle prison, les ombres camisole de mes nuits qui m'isolent, mains nouées dans le
dos, penchée comme un bateau qui tangue et qui chavire, au-dessus des flots bleus de mes mots bâillonnés."
Pourquoi les mots de Sophie ont-ils ce fol écho dans mon âme noyée ?
Je crois que j'ai pleuré. Un regard au miroir, mes yeux sont délavés, et des cernes bleuâtres ont dessiné en cercle mes pauvres douleurs ressucitées, remontées d'un coup de pied sec sur le fond de
cet océan de larmes enfouies, ensablées dans un coffre fermé...
Ce n'est pas un trésor que la vie a choisi d'exhumer. Et pourtant...
La nouvelle lettre de Sven est là, une grande enveloppe, des timbres colorés. Des voiliers sur un ciel
sombre, bleu, profond et dramatique. Quelques mots de lui, pour dire que Julie va bien, que le
printemps voudrait percer, que la lumière est belle sur l'archipel, anodins et lourds d'un sens caché, aussi.
"Sven, pardonne-moi..."
Je sais, il va falloir que je lui parle à lui aussi, que je lui dise...
Je crois que le moment est venu de me retrouver. La vie, quelqu'un, a décidé tout d'un coup de me mettre face à mes silences, de faire naître des mots morts depuis longtemps.
Survivrai-je à cette étape nécessaire ? Sans doute oui, mais comment ....et dans quel état ? J'en ai vu d'autres, c'est vrai...
Quelques mots de lui, et un vieux cahier jaune devenu sépia et triste.
Je l'avais oublié. Pas lui. Il m'a rattrappée.
C'était mon journal.
La seule oreille à qui j'aie jamais vraiment parlé. Pas très longtemps d'ailleurs.
J'avais oublié jusqu'à son existence.
"Mai 1975, Paris.
Je commence aujourd'hui une expérience étrange.
Une chose qui toujours qui m'a semblé ridicule et fleur bleue. Mais aujourd'hui, je découvre avec un oeil différent, la nécessaire envie de coucher entre ces lignes le fond de mes pensées.
Fleur bleue, ce n'est pas moi. Les roses bleues sont plutôt rares et assez moches. Moi, je suis rose, d'un rouge feu, et mes épines très pointues font un rempart, une herse, à ma vie. Ardente et
passionnée. Le feu plutôt que la glace.
Je me souviens, d'un amoureux transi, joli garçon et très gentil, qui, un jour las de m'étourdir de mots suaves et d'attentions miellées, me dit enfin dans un courrier:
"Avec toi tout est toujours impossible, ta montagne est trop haute, et je suis fatigué..."
Mais me voilà, face à cette page blanche à raconter mon jardin secret et le bleu de mes veines qui battent étrangement..."
Comme je relis cette première page, des coups sourds, plus loin...
J'ai mal à la tête. J'ai l'impression de ne plus être en moi, mais à côté...
Je rêve ou on sonne ? A moins que ce ne soit le téléphone...
Je me lève, titube un peu, le couloir, la porte, je crois qu'on frappe.
- Claire !!!
- Oui... je viens...
- Mais qu'est-ce qui t'arrive ?
- Marie ? Mais quelle-heure est-il ?
- Neuf heures et t'es toujours pas au studio, on enregistre dans une demi-heure ! Comme tu ne répondais ni au téléphone ni sur ton portable j'ai pris sur moi de venir...
-Pfffffff ...! Bon, je suis morte, mais t'inquiète pas, donne-moi deux minutes, c'est quoi le sujet déjà ?
- Secrets de famille ......et mots perdus...
Par Frédérique L.R
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Publié dans : écriture et poésie
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