Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 18:17
........Et avril...
Se découvrir un peu, pas trop.
Il est là le paradoxe...
Nos mots sont nos habits, nos petits hauts, nos bas, nos écharpes et nos gants, nos jeans et nos chemises, nos bagues, nos colliers, nos plates ballerines et notre peau fragile doucement colorée, à ces rayons faciles qui pourraient nous brûler...
Et les écrire là, les coucher à la plume, au crayon, au clair de cette lune, qui brille et fait pleurer, les dessiner en lignes, en colonnes, en prénoms, leur donner une forme, un style, un avion, une porte, un violon, une voix...et ton nom, c'est révéler au jour, aux autres qui écoutent, qui lisent et qui se taisent, qui disent... mais qui biaisent, le secret de nos âmes, et mettre à nu nos vies, nos tourments, nos envies.
Nos mots sont nos habits de lumière et de nuit, de mystère et de scène...
Posés là, je les vois éparpillés, froissés, abandonnés très vite, comme dans une chambre douce, éclairée de pénombre et d'ombres à flirter, et je me vois ... L'âme déshabillée pour simplement vous dire le souvenir de vous...et l'envie de sourire à ce beau rendez-vous.
Paris, mois de mai, milieu d'après-midi, troisième étage, porte droite.
Des embruns sur ma peau, j'ai le miroir salé.
La houle parisienne a frôlé mon malaise, loin de l'île et pourtant....
Le voile soulevé bat d'un rythme plus lent.
La tempête passée, il va falloir entrer.
Paris mois de mai, milieu d'après-midi, troisième étage, porte droite.
On m'attend.
Après, longtemps après tout serait différent...
Rien ne dure.
Ni même le silence, déchiré par nos cris intérieurs.
Les cris du cœur. Le souffle fait tempête. La brise en ouragan, ravageur à plein temps.Tout est dur....
"Et moi, est-ce qu'on m'attend ?"
J'ai perdu jusqu'au goût de l'attente sur les lèvres, jusqu'au pincement du plexus, aux torsions amères de l'estomac trop vide, j'ai perdu cette apnée, ce souffle avorté...
Qu'ai-je donc fait ?
Les mots de Sophie glissent nus sur le tapis, le soleil est violent, de feu rouge et brûlant,  avant sa chute dans l'ouest des marées, des sables émouvants, du sel et puis du vent, effleurant le miroir, carré blanc.
 Le cahier bleu, ses mots venus du ventre, délesté de sa couverture trop souvent pliée, et repliée, s'étalent dans ma lumière. C'est la mienne, oui, celle de l'instant qui ravive mes drames, roulés dans les années, poussière et naphtaline, et oubli mélangés. Des vagues, et de l'écume. Des jours, des nuits, des brumes. Mon naufrage.
"Oubli tu parles !", rien ne s'oublie, rien ne s'efface, mais tout survit, transformé, opéré, disséqué, haché, laissé dans quelque coin abandonné de notre si belle conscience.
J'ai envie de hurler, de crier ma violence rentrée, comme le soir les poubelles.
Je ne le savais pas, mais ces mots-là seraient aussi les miens.
Ces mots-là seraient mon châle, mon manteau, le plaid des jours diaphanes, dans ce gris si léger, feu de bois, tasse de thé, décembre, janvier... ces mots de la lumière retrouvée, plus crue chaque jour, écrasant les pensées au bord du puits, pour mieux les ranimer. Allumant çà et là, luisant sur les pavés, les sentinelles sur les quais, passants solitaires et immobiles, guettant les baisers au crépuscule des amours clandestines et mutines. Les bras, autour des tailles fines, la jambe repliée, escarpin, pointe des pieds, pour le dernier baiser.
"C'était quand, mon dernier baiser ?"
J'ai oublié...
" Menteuse !"
Me rappeler.
Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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