Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 09:41
Ne pas chercher à comprendre et prendre les choses comme elles viennent. Cesser de se poser des questions. Trouver les réponses ailleurs, dans le bruit de l'eau, le velours d'une peau, dans le temps des cerises, ou le parfum suave de nos heures exquises.
Et écouter le vent.
Aimer ces réponses faites de rien. De petits riens, de jolis riens. Porteuses de l'essence.
Cette nuit-là, je la voulais vide.
Cette nuit-là, je la voulais pleine.
Ne pas chercher à comprendre.
Vide des mots trop lourds.
Pleine de moi, légère.
Une nuit pour moi, avec moi.
Une nuit pour faire le vide, une nuit sans lune. Une nuit où rien ne s'écrit au fil des songes. Une nuit sans virgule, et sans points. Une nuit noire, sans lune et sans étoiles.
J'ai posé Barbara, sur le disque noir de la platine.
Ma plus belle histoire.
Diamant noir qui chuchote en glissant sur les stries.
Tourne...tourne "du plus loin qu'il m'en souvienne...", la roue tourne, le temps, la vie...
Et j'ai dormi, enfin, bercée par mes amours anciennes, sans y penser vraiment.
Une nuit pour panser, peut-être pas guérir, une nuit pour aimer ce que je suis, ce que j'étais et ce que je serai.
Le matin m'a surprise au musée. Des tableaux de marins, des bateaux et des voiles, et St Malo dans la lumière ardoise, juste après l'orage.
Plus de lumière dans le ciel. Du gris qui coule et du gris qui plane. "Parfait pour ce que j'ai à faire !"
J'ai chauffé l'eau et rempli la théière, posé mon stylo sur la table au-dessus du quai.
Quelques lignes encore.
Une courbe. Au milieu des droites. Un peu de fantaisie dans la rectitude glacée.
" Ce qui frappe dans ces tableaux, c'est cette grisaille en camaïeu, ce sentiment monochrome, miroir du dénuement de l'espace et du vide intérieur.
Ce décor répété, au fil des toiles, témoin d'une heure, vision d'un temps, manque de tout, mais pas de portes.
Ouverture, fermeture, chemins perdus, dans un ailleurs invisible, au-delà.
Ce dos tourné à la vie, aux minutes scandées des plaisirs éphémères, pleure le néant.
Et ce silence, dans la lumière pâle, photographique.
Esthétique.
On sent les heures flamandes des femmes de marins,rythmées par ces horloges hors du temps qui balancent des petits bateaux partis depuis trop longtemps, carillonnant l'absence dans les humeurs du vent.
On sent sur la peau les embruns gris bleus qui enveloppent les terres plates de ce nord lumineux.
Et pourtant pas de couleur qui crient,pour allumer le monde, ce sont les coeurs qui hurlent, et le font rouge profond, en pensée.
Pas d'outremer, ni de carmin, pas d'orange, le sud est loin.
On est loin en effet des tissus chamarés, des indiennes drapées, des intérieurs de Matisse, des fruits et des épices, loin des bleus du sud.
Mais là, sous nos yeux, s'étend l'océan de toutes nos pertes, à perte de vue, dans ces espaces clos, les gris de Bruges, le sombre des navires qui traçaient dans la brume la route vers les Indes.
L'Anvers du décor, le Nord, celui aussi des richesses taillées, brillantes, scintillantes, pesées et évaluées, ou celui, surgi de cette terre basse, des corolles himalayennes aux couleurs si bien nées, pépites involontaires et providentielles des banquiers, multipliées là où le gris fait écho au silence, là où les carmins et les ors crient la vie des palaces, des ports et des cités marchandes, des femmes offertes aux bras des survivants, dans les relents de bière.
Ou celui, dans un Nord plus rude encore, battu par les vents, de Copenhague. Port de tous les commerces et des angoisses froides...
Mer du Nord, à une encâblure courte de Malmö et des bleu-gris si tendres de Gustave.
Mais ce visage, que l'on devine triste, dévasté comme un champ après une tempête, ces yeux vides, absents, on les sent...et le sel de leurs larmes fait l'écume du temps.
Image de l'attente, des heures trop longues, du manque peut-ête aussi...
Rien de sensuel dans cette nuque et pourtant.
L'absence supposée la rend belle et tragique.
Rien et pourtant, cette nuque, dévoilée, pourrait faire rêver un amant prisonnier de son navire chaviré.
Que c'est beau une nuque...pour qui a le port haut, royal et fatidique..."
J'avais retouché mon article. J'avais envie de revoir les tableaux de Vilhelm Hammershoi.
D'explorer encore le vide et l'absence, ailleurs et autrement.
Envie d'écouter le silence.
Et Sophie m'attendrait.
Déjeuner en terrasse, confidences et messes basses...


Par Frédérique L.R - Publié dans : écriture et poésie
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