Mardi 14 avril 2009
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19:16
Un tel souffle, ne l’ai-je pas puisé au flux des minuits,
pour l’amour de toi, afin que tu vinsses
un jour ?
Parce que j’espérais apaiser ton visage
par des splendeurs à la force presque intacte,
une fois que dans l’infini de ce que j’en suppose
il reposerait en face du mien.
Sans bruit, de l’espace advenait à mes traits ;
afin de suffire au grand regard levé en toi,
mon sang miroitait et s’approfondissait.
Quand à travers la pâle division de l’olivier
la nuit régnait avec plus de force, de toutes ses étoiles,
je me dressais, je me tenais debout et me
renversais en arrière, et recevais la leçon
dont jamais ensuite je n’ai compris qu’elle venait de toi.
Ô quelle forte parole fut semée en moi
pour que si jamais ton sourire advient,
par mon regard je transfère sur toi l’espace du monde.
Mais tu ne viens pas, ou tu viens trop tard.
Jetez-vous, anges, sur ce champ de lin
bleu. Anges, anges, fauchez.
Rainer Maria Rilke
à Claire,
Je t'aime...........
Antoine
- Qu'est-ce que tu lis ?
- Bonjour Sophie ! Enfin....
- Tu as attendu longtemps ?
- Moi, non, je suis arrivée en retard, on avait bien dit une heure ?
- Je crois, je ne sais plus...
- Je pensais que tu m'attendrais au contraire..., bon rien de grave, tout va bien ?
- Bien, je ne sais pas, je suis sur autre planète !
- Lointaine ?
- A deux pas, ou deux rames je ne sais plus, je flotte, mais tu ne m'as pas dit... Qu'est-ce que tu lisais ?
- Oh, ...c'est le catalogue d'une expo que j'ai vue, il y a longtemps. Elle a changé ma vie.
As-tu déjà songé aux petites choses, étranges qui surviennent, aux surprises, à toutes ces portes, ouvertes ou fermées... Mais, oui, je suis idiote, tu en parles dans ton cahier...
Avant d'y réfléchir vraiment, ces temps-ci, je ne m'étais jamais posé la question du pourquoi de certains événements et de leurs répercussions sur nos vies.
- Eh oui, une seconde, un mot, un regard, un train, un livre, un changement brusque de cap et hop le voilier vire de bord...
- Le voilier ?
- Oui, ou n'importe quoi d'autre...Ca te parle un voilier ?
- ...
- Claire, tu m'entends ?
- Oui, je t'écoute, si tu savais...
- Tu veux me dire quelquechose ?
- Non, ... oublie... Bon, on commande ! Moi je n'ai pas vraiment attendu, mais le serveur lui si !
- Tu prends quoi ?
- Je crois qu'une assiette d'antipasti ferait mon bonheur et toi ?
- Comme j'ai un souvenir inoubliable de leur sauce verte, aux pistaches, amandes, basilic, ail, et menthe, je vais encore craquer... pour les pâtes! Un peu gras, mais tellement bon ! Et puis, un
peu d'énergie...
- Fatiguée ?
- Ce n'est pas le mot, mais quelle nuit !
- C'était qui ?
- Pourquoi pas "c'était quoi "?
- Parce que dans tes yeux on lit "lui"... tout simplement !
- Ok, autant te dire que je ne sais plus où j'en suis...
- Normal quand on s'envoie en l'air , on a le tournis ...
- J'avais rendez-vous avec quelqu'un pour son appart...
- Bien sûr...
- Rien n'était prémédité...crois-moi... Tu en es où de mes "lignes" ?
- Au mois de mai, je crois, troisième étage, porte droite...On t'attend... Mais qui est ce "on", pas la moindre idée, j'avoue...
- Bon, là... septième, autant dire, en plein ciel... Et ascenceur en panne !
- Parce que tu as besoin d'un ascenceur pour ce genre de truc ???
- Arrête tes bêtises, j'ai cru que mon coeur allait lâcher...
- A ce point-là ??? Sophie, c'est grave !
- Non, ne ris pas, tu veux, "lâcher" au sens propre.
- Pardon ?
- C'est ce que j'ai dit, j'ai un petit souci, je fais ce qu'il faut pour le régler, mais parfois...
- Tu ne me l'as jamais dit.
- Il y a des choses que je garde pour moi...
- Alors New-York, c'est çà ...
- En partie oui, je me ménage. Mais peu importe...
- C'est qui ce dangereux personnage qui t'emmène au septième ciel sans ascenceur ???
- Je l'ai rencontré sur les pistes, je l'appelle mon "bonus track", s'il m'entendait ...
- Et ?
- Très sympa, on avait évoqué la possibilité que je m'occupe de revoir la décoration de son appartement.
- Et il t'a appelée...
- Oui, plutôt assez vite tu vois...
- Je vois... le genre pressé...
- Mais non, en fait, c'est sa vie qui le secoue un peu...
- Et l'occasion faisant le larron...
- Claire ! tu me connais...
- Je croyais te connaître, avant tout çà... je te l'ai dit, tu as changé.
- Et je t'ai répondu, non ? C'est la vie qui change, qui nous emporte, qui nous offre un oeil neuf...
- Tu as sans doute raison, peut-être que nous restons nous-mêmes, mais ailleurs, ou autrement.
- J'ai appris que rien n'est immuable. Que les certitudes s'effondrent, que les volontés s'effritent, que des envies naissent même quand on a tout. Ou peut-être surtout quand on a tout... enfin, je
ne sais pas, ...et puis on vieillit, et puis le temps passe...
- Et un jour on regarde en arrière et ça fait mal...
- Je ne sais pas, je n'en suis pas là.
- Et tu es où alors ? Là-haut encore...?
- Un peu oui, c'était spécial.
- Vous l'avez fait ?
- Disons qu'on a finit par le faire...
- Quel homme ! Patient ...
- Attentionné, respectueux, du doigté, il faut dire qu'il est musicien...
- C'est pas une raison...
- Sans doute, mais lui, il caresse les guitares...
- Et il t'a joué du blues toute la nuit ?
- Presque, on a parlé longtemps, et on s'est endormis, tout simplement, lui sur le tapis, moi sur le canapé...
- Et ?
- Le matin ... "Ce sentiment nouveau...", tu connais cette chanson de Murat *?
- Oui...?
- Eh bien voilà, c'est tout.
* Jean-Louis... "Le manteau de pluie-1991"
Par Frédérique L.R
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Publié dans : écriture et poésie
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