Lundi 8 juin 2009
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11:17
Et la maison résonne encore des cris des enfants.
Je crois que j'ai dormi. Mais je n'en suis pas sure. Si j'ai dormi, j'ai dormi longtemps. Comme une petite mort. Dans la lumière pâle de cette lampe emportée et posée près du lit froid. La maison
sous la vigne vert tendre semble encore frissonner de cette nuit fraîche. Printemps capricieux.
Si j'ai dormi, je crois que j'ai rêvé. La frontière est tellement ténue entre ce qu'on vit, ce qu'on croit avoir
vécu, ce qu'on rêve, ce qu'on pense avoir rêvé. Il pleut. J'entends les gouttes qui s'écrasent lentement sur le gravier dehors, qui glissent dans la gouttière emportant quelques plumes et des
feuilles, et j'essuie encore une larme. Je crois que j'ai entendu sa voix. Je pense qu'il m'a parlé. Je suis presque sure que c'était lui.
Il est venu, là, dans cette chambre de campagne, qui s'endort en été au parfum suave et miellé du tilleul, dans cette chambre un peu trop froide, parce que peu habitée, un peu trop triste parce
qu'on y aime plus. Les draps restent tirés et se ne froissent plus. Il est venu là. Combien de temps est-il resté ?
Mais je l'ai reconnu, senti, respiré, comme s'il avait toujours été là, comme si ces lieux qu'il n'a jamais caressés de son ombre le connaissaient aussi. Je sais que j'ai
dormi, je sens comme l'empreinte de cette lourde nuit. Sur mes paupières, qui ne veulent pas percer la pénombre, sur
mes bras qui frissonent encore, sur ma bouche un peu sèche, qui a oublié l'humide volupté d'un baiser. Je sais que c'était
lui. Mais ce n'est pas un rêve.
Ce sont mes mots. Ceux que j'ai lus, enroulée dans un châle de silence, quand des bras auraient pu réchauffer mes absences. Mes absences oui. Absente de moi-même je suis, je reste, j'ai été, tant
de fois. Croyant que ma vérité était ailleurs que là où la vie voulait qu'elle soit. L'ailleurs toujours en
refusant un peut-être bonheur.
La liberté est souvent enchaînée.
Mes mots jaunis, comme fatigués par le temps, les années d'oubli.
Mes mots où je le disais lui. Lui, au moment où je le rêvais, et où il se voulait ailleurs, dans son bonheur à lui. Dans sa liberté, passager du vent.
La concordance des coeurs, comme la concordance des temps. Il est des histoires qu'on ne peut conjuguer au présent. Des histoires qui n'ont pas de futur immédiat, et qui finissent par avoir un
passé.
J'ai dormi, un peu, beaucoup, j'ai dormi et j'ai rêvé. J'ai vécu mon histoire dans un autre temps. Passé et présent mélangés. Est-ce que ça existe ? C'était un hier lointain, mais tellement clair
et vivant...
Il faut que je le dise, je m'appelle Claire et je suis vivante. Mais lui ?
Par FrédériqueLR
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Publié dans : écriture et poésie
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