Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 17:35
Parfois, une idée en entraîne une autre, une image en appelle une autre, la mémoire fait son marché quand on la laisse déambuler sur les pavés de nos chemins intérieurs.
Et la vie est étrange qui noue des liens, fait des boucles avec nos jours et nos nuits, tisse une toile où se projettent nos désirs, nos envies plus légères, nos passions, nos démons, visibles ou invisibles d'ailleurs.
En retrouvant le catalogue de cette expo sur Hammershoi, j'avais pris les lumières du générique en pleine figure et la BO un peu effacée d'un passé encore proche s'est mise à hurler dans mes oreilles.
Comme je l'ai aimé... et comme cet amour m'a perdue. Perdue comme jamais. Tuée. En me prenant ce que j'avais de plus doux. Et le reste de mes envies.
Relire les mots d'Antoine. Rajeunir un instant... et voir mes rides à la loupe, tout çà, en l'espace d'un clin d'oeil, vous savez, celui, involontaire de nos yeux...quand battent les cils, comme pour balayer un vague nuage sur nos iris.
Antoine, c'est la première fois que je peux penser à son prénom, la première fois que je peux l'écrire sans ressentir la lame du désespoir et de la perte creuser mon ventre mort. Antoine et sa musique, Antoine, sous les toits, Antoine, ses livres, les mots qu'ils me lisait et qui valaient tous les discours, tous les atours dont se parent les mâles. Ses mots, qui me faisaient fondre, glissés dans la pénombre amie de sa tannière d'artiste. Sous les étoiles exactement. Avant ses mains.
Avant les matins lumière, sous la verrière.
Je voudrais ouvrir les yeux et les brûler à ce soleil déchu.
Je ne peux pas. Je me suis habituée à l'ombre.
En le retrouvant lui, derrière mes yeux, dans ces tableaux, dans ces poèmes, c'est un autre qui a ressucité. Avec une violence rare.
La violence des plaies jamais fermées, qui suintent éternellement la douleur.
C'est là que j'ai marqué mes jours à venir du sceau de l'inconstance. De la légèreté. Sous couvert de ce que je pensais être la liberté. Tellement grande, qu'on aurait pu l'écrire avec deux L . C'est alors que ma vie s'est peinte de gris, de gris bleu, de bleus et de blues.
Ma liberté.
Mon esclavage.
Ma prison.
Des teintes étalées au couteau, ou jetées sur ma vie, comme sur une toile abstraite, celles que parfois je contemple, sans vraiment les comprendre.
Mais parfois je les aime. Sans raison. Juste comme çà. Aimer. Ne pas chercher. Mais aimer.
M'arrêter un instant sur mon image.
Aimer ce que je suis.

Par FrédériqueLR - Publié dans : écriture et poésie
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