Mercredi 10 juin 2009
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Hier, j'ai accroché dans la salle de bains ce beau miroir gustavien, légèrement grisé, un gris tirant vers le bleu... vite emballé
en quittant le Quai aux fleurs.
J'ai du mal on dirait à me défaire de mes démons.
Mais, il est bien, là, dans cette pièce d'eau et de buée, on dirait moi. Mes larmes et mon regard troublé, après mes lectures et ma plongée profonde dans les eaux noires de mes passés tragiques.
Après cette nuit étrange. Après lui. Après lui, là, tout près, si longtemps après.
Et c'est vrai, c'est moi que j'aperçois dans le halo clair oublié en son centre. Mon image en reflet. Moi, mon corps...Pas si mal au fond. Malgré ma cinquantaine bien entamée. A voir Sophie si
...comment dirais-je, autrement que bien conservée, ce qui franchement n'est ni joli, ni flatteur, au fond, elle qui n'a pas encore accroché le wagon des "fiftysomething"... Belle, c'est tout.
Belle, dans la beauté de l'âge. Belle, comme on ne l'est pas à vingt ans, ni à trente, belle comme à quarante. Lisse, dorée, musclée... Epanouie. J'ai admis il y a quelques temps, et en
l'observant, sans jalousie, parce que la jalousie est un sentiment idiot: si tu envies quelqu'un, regarde-toi de plus près et bouge ! J'ai admis donc, que la culture du corps relevait de
l'indispensable. Que le bien vieillir sans doute passait un peu par là. Alors, sans écouter ni relire les fadaises de mon magazine du lundi, sans prendre au pied de la lettre les conseils mal
avisés qu'il prodigue à chaque printemps... Du genre, "Comment préparer son corps avant l'été..." Maillot en vue...on planque tout ce qui dépasse ! " En deux mois ???
Et là on vous dit en substance que vous pourriez courir, et même plusieurs fois par semaine, et encore... que si vous n'aimez pas çà, rien de grave, allez-y en mode ipod...les écouteurs vissés sur
les oreilles... Et j'entends Sophie encore, l'autre jour:
"Petit 1, "rien ne sert de courir...", petit 2, si on n'aime pas çà, mieux vaut faire autre chose...petit 3 : Alzheimer assuré si on se coupe du sensoriel !
Ecouter, entendre, reconnaître les musiques qui jalonneront un parcours de plaisir. Et s'écouter soi-même respirer, se sentir... se vivre..."
Bref, en me concentrant sur moi, mes désarrois, mes faiblesses, j'ai compris une chose, la beauté, même avec un capital de départ, ça se travaille...
Deux mois que je fais le tour de moi-même, pour mieux me cerner, deux mois que je tire les ficelles de cette marionnette endormie que j'étais devenue. J'étire, en douceur, je muscle en musique, je
marche, et je m'entends renaître.
Sophie me l'a dit, "Ne cours pas ! tu ne te rattraperais pas, c'est trop tard...et pas indispensable."
Et me voilà, nue dans le reflet de cette gustavienne image, pas si mal.
Nue et pleine d'envies, pour la première fois depuis...
Depuis Antoine, sans doute...Dix ans... C'est long dix ans ? Je n'en sais rien. Long et court à la fois, mais vide, tellement vide quand on est plus rien. Quand tout s'écroule. Quand les murs sont
si hauts que la lumière du soleil n'apparait plus jamais à aucun horizon.
Oh bien sûr, des bras, des bouches, sans chaleur et sans saveur, ont croisé mes nuits tristes... depuis... Mais faire l'amour à une morte... Pas le pied, ont-ils du se dire... ou plutôt... "Quel
guépier !"
Pas de téléphone, pas de mail. A peine un regard, sur mes formes qui s'alourdissaient jusqu'à peser sur la légèreté de ces rencontres éphémères.
Pas si mal.
Je tourne, je regarde , je me regarde, je me vois...Je commence à m'aimer... Un peu.
Arrêt sur image.
Par FrédériqueLR
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Publié dans : écriture et poésie
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