Quelques lignes encore,sur l'amour... au coeur du récit l'attente, les femmes, les hommes, la vie
Carnets de l'Ouest numéro six
Un autre matin,encore,différent,toujours.
Quelques gouttes secouées par le vent...un peu fort.Il souffle dans mon dos,venu de la terre.Et devant...quelle lumière...à flots, sur les flots irisés dans l'axe du soleil.J'ai entendu les vagues
et le moteur d'un petit chalut, mais suis restée abandonnée aux langueurs de cette nuit déjà livrée au jour.
Et puis,l'envie est bien trop forte...
Je me suis décidée à fouler les pieds nus l'herbe,à peine humide. Marcher. J'aime marcher pieds nus,et surtout dans l'herbe et par dessus-tout,dans l'herbe humide de rosée.
Un rituel propice au réveil en douceur et en fraîcheur, comme une sensation de neuf, qui lentement monte le long des méridiens cachés, jusqu'au cerveau.
Enfin libre de la nuit, je peux contempler à loisir l'agitation toute relative à la surface de l'océan. Le gros rocher brun à l'ouest attire l'écume et s'en entoure avec bonheur dirait-on.Les
vagues sautent bleu-vert encore, et se fracassent en mousse blanche déchirée.De loin c'est tout ce que j'en vois, mais il est si facile d'imaginer la multitude des particules explosées en un fracas
discret et désordonné,les unes, poussées par le vent suivent sa trajectoire toute tracée,les autres, retenues par le rocher, reviennent en arrière un instant,pour finir Dieu sait où...en larmes
peut-être sur la pierre rugueuse hérissée de chapeaux chinois et gris-bleu des moules qui le taguent.
Le thé est prêt dans la théière ronde et verte.
Encore un moment de douceur juste pour moi, à simplement laisser couler cet or suave et brun au-dedans.
La faïence reflète mon image, l'étire et la déforme, mais je suis là, et pas ailleurs, puisque je me vois...là, au pied du grand pin qui chuchote, sous le ciel qui se peint de bleu et d'inoffensifs
stratus, jambes nues, croisées, pour que repose mieux mon cahier posé sur mes genoux.
Je l'ai pris à l'envers, ce cahier bleu turquoise, et j'écris à l'encre bleu marine.
De l'autre côté, à la mine graphite HB,mes mots habituels, ceux que vous connaissez déjà, ou pas encore, et qui dorment en attendant leur naissance à un espace plus grand et ouvert, que celui,
secret des lignes officielles, limitées par le rouge vertical de la marge.